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Le projet "réseau social d'entreprise", expression du désir d'une aventure collective

Publié il y a 27 mois par Dominique Gutton dans Quatorzaine - l'Entreprise face aux réseaux sociaux .

J'ai participé récemment avec beaucoup d'intérêt à une formation présentant une plateforme logicielle de "Réseau social d'entreprise" (RSE), dans le contexte de l'entreprise 2.0 : répondre aux nouvelles attentes des salariés, apporter des réponses nouvelles à la complexité des affaires.

Je notais avec amusement la question insistante d'un participant pour connaître les pièges à éviter et les clés de succès dans la mise en œuvre d'un "Réseau social d'entreprise", prêt à noter les réponses de notre éminent formateur. Mon voisin me demandant si j'avais moi-même des éléments de réponse, je lui disais que la façon-même de poser la question me paraissait antinomique avec une "démarche 2.0", celle-ci devant selon moi accepter que la compréhension-même des conditions de succès et des risques soient issus des acteurs eux-mêmes. Mon voisin comprit immédiatement le paradoxe, et accepta ma remarque ...
Je faisais une observation de même nature quant à la présentation, me semblait-il, trop linéaire du déploiement d'un projet de "Réseau Social d'Entreprise", pourquoi ? Parce que j'ai l'expérience de projets de transformation assez radicale des modes de fonctionnement des organisations, motivés par des objectifs stratégiques et humains, dans lesquels une démarche participative, recherchant l’implication des acteurs, a entraîné le projet dans des directions insoupçonnées, avec un engagement inhabituel des parties prenantes : le management a dû accepter et gérer la controverse, soutenir quelquefois les projets contre la culture en place, et toujours clarifier la stratégie et rappeler les finalités : une démarche de conduite de projet stratégique en mode « d’engagement des acteurs » met en oeuvre des fondamentaux qui peuvent inspirer des démarches d'entreprise 2.0.
Ainsi la préparation d'un projet de "Réseau social d'entreprise", c'est préparer le dirigeant lui-même à une aventure ... le préparer à conduire une démarche d'engagement des acteurs et de transformation des pratiques de management, dans une succession d’épisodes somme toute assez simples, mais dont aucun n'est tracé à l'avance : l’affirmation des finalités, l'écoute des acteurs et la compréhension des conditions de succès, la controverse et l'adaptation du projet, l'engagement effectif des acteurs, la conduite de l’action et le retour d’expérience, etc. . : une révolution tranquille qui emmène assez naturellement le dirigeant ... et les salariés, dont on ne peut supposer à priori qu'ils adhèrent aux innovations de l'entreprise 2.0 ... dans des modes de fonctionnement dont aucun n'est défini à l'avance : un projet "Réseau social d'entreprise", c'est un but et une aventure collective dans "l'après".
Il faut interroger les parties prenantes sur les questions de stratégie, d'innovation, d'efficacité des organisations et de qualité de vie au travail, mais c'est vous, qui êtes à la fois "dans le système et au dehors" qui pouvez proposer une vision de cet "après" comme désir d'aventure collective.
Dominique

6 réponses

arayrole

D'accord avec le fait qu'il s'agit d'une démarche qui va profondément impacter les modes de management et l'entreprise, mais ne risque-t-on pas de faire peur avec de tels discours ? Car il ne s'agit pas de détruire un existant pour en bâtir un nouveau, mais plus d'ajouter une nouvelle dimension, une couche supplémentaire. Et concrètement, les RSE, c'est avant tout une nouvelle forme de communication et de collaboration à développer au sein de l'entreprise. Les effets (promesse) de l'E2 viendront dans un 2nd temps.

luc

Parler de projet de réseau social d'entreprise en partant des outils informatiques me fait penser aux projets de lean management focalisés sur la seule méthode. Le SENS, le projet, la compréhension (et non forcément l'adhésion à) de l'objectif sont, selon moi, des préalables à la mise en oeuvre de toute méthode ou outil.

Acheter un outil ou une méthode a un côté rassurant et nombre de consultants et managers s'attacheront à "faire entrer le pied dans la chaussure". D'autres viseront la réussite à moyen terme, même si l'adhésion autour de l'objectif du dirigeant n'est pas acquise.

olivier-muller

Je ne suis pas certain qu'il y ait ici un "cap" à franchir, une "aventure" à laquelle le manager devrait se préparer. Il ne s'agit que d'une évolution.

A mon humble avis, le "réseau social de l'entreprise" existe déjà. On met du "social" à tout bout de champ, mais à bien y réfléchir, l'entreprise a d'abord "réseauté" avec ses clients. Puis, le réseau s'est agrandit à ses fournisseurs, puis à sa supply chain globale. Ensuite se sont ajouté les consommateurs, et derrière eux les pouvoirs publics.

Aujourd'hui, l'entreprise s'adresse à ses "stakeholders", ses parties prenantes, autrement dit...la société, au sens large.

C'est bien là qu'à eut lieu la véritable rupture : lorsque l'entreprise s'est adressé non plus à aux parties prenantes engagées dans son écosystème, mais à celles qui, un jour, de manière plus ou moins indirecte, pourraient en faire partie. C'est-à-dire à peu près tout le monde. La société, en somme.

Cette ouverture, pour faire bonne figure, se doit aujourd'hui de suivre une stratégie précise, passant principalement par le web, que l'on tente désespérément de faire rentrer dans un "réseau". Et nous voilà avec un "réseau social d'entreprise".

Pour reprendre Luc, la quête du sens et de la compréhension est primordiale, mais pas plus qu'à l'époque où l'entreprise ne s'adressait qu'à ses clients directs via ses "réclames". C'est simplement que la quête de ce sens est aujourd'hui plus complexe car l'entreprise souhaite s'adresser à un public qui ne la connaît fondamentalement pas - la société au sens large.

Beau défi, mais néanmoins rien de plus que la suite logique de toutes les grandes quêtes d'image de marque mises en oeuvre depuis le début des années 60.

louis

Oui Olivier, certains réseaux et le networking existaient déjà. L'ouverture nouvelle à des écosystèmes potentiellement plus larges nécessite des leviers que les nouvelles technologies rendent accessibles. Ceci provoque une accélération du phénomène et un différentiel accentué entre les nouvelles et plus anciennes générations.
La quête de sens est critique aujourd'hui du fait de l'intensification des efficacités process et des interrogations mondiales sur les équilibres financiers en entreprise et au-delà.

olivier-muller

Certes, mais à ce titre, la quête de sens doit donc précéder la mise en oeuvre - ou non - d'un RSE. Ce qui revient à définir le degré de pertinence d'un RSE pour une entreprise X ou Y.

Je suis toujours surpris que nombre d'entreprises se posent la question "Comment mettre en place un RSE ?" avant même de se demander "Ai-je un intérêt à mettre en place un RSE ?" !

Prenez l'exemple de l'industrie pharmaceutique - une des rares à se tenir délibérément à l'écart de ce type de pratique, tout simplement parce qu'elles ne lui conviennent pas. Un laboratoire pharmaceutique a tout à perdre, rien à gagner, à engager un dialogue social avec des parties qui ne sont pas directement prenantes à son écosystème - pour simplifier, naturellement.

Malheureusement, un si net parti pris reste marginal. Le RSE s'impose trop souvent comme un 'must have' dans le plan MarCom, sans vraie réflexion préalable sur son bien-fondé.

arisbourg

Pour ma part, je rejoins Luc et Eva qui évoquent le sens d'un tel projet...

mais avant même d'évoquer un tel projet et sa réussite, il faut revenir à la vision du dirigeant et à sa forme de leadership. En effet, la culture d'une entreprise est le fruit d'une histoire collective impulsée par la vision, le cas échéant, et la forme de management de chacun des dirigeants passés et du dirigeant en place...

Selon moi, certaines cultures offrent un terreau favorable au développement d'un management transformationnel (quand un leader, qui fait "autorité", propose une vision et un challenge qui permettent de révéler le potentiel des équipes...), par opposition à un management transactionnel (le style de management d'un dirigeant qui appuie son pouvoir sur la domination, qui manie la carotte et le bâton, un style de management qui favorise le développement de comportements individuels...).

Avec notre esprit trop cartésien ( fruit de notre éducation et de notre culture, de nos croyances), nous avons trop de managers transactionnels et insuffisamment de managers transformationnels, et les RSE ne peuvent se développer que dans le terreau de'une culture d'entreprise humaine et responsabilisante, sous l'impulision d'un leader transformationnel :-(
C'est ce qui rend, en France, beaucoup plus difficile qu'ailleurs l'émergence de leaders transformationnels susceptibles de comprendre l'apport des outils de RSE.

Si dans votre organisation, votre dirigeant est un leader transactionnel, je crains que le seul moyen est de changer le dirigeant avant d'espérer réussir le déploiement de RSEs

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