Le projet "réseau social d'entreprise", expression du désir d'une aventure collective
Publié il y a 27 mois par Dominique Gutton dans Quatorzaine - l'Entreprise face aux réseaux sociaux .
J'ai participé récemment avec beaucoup d'intérêt à une formation présentant une plateforme logicielle de "Réseau social d'entreprise" (RSE), dans le contexte de l'entreprise 2.0 : répondre aux nouvelles attentes des salariés, apporter des réponses nouvelles à la complexité des affaires.
6 réponses
Parler de projet de réseau social d'entreprise en partant des outils informatiques me fait penser aux projets de lean management focalisés sur la seule méthode. Le SENS, le projet, la compréhension (et non forcément l'adhésion à) de l'objectif sont, selon moi, des préalables à la mise en oeuvre de toute méthode ou outil.
Acheter un outil ou une méthode a un côté rassurant et nombre de consultants et managers s'attacheront à "faire entrer le pied dans la chaussure". D'autres viseront la réussite à moyen terme, même si l'adhésion autour de l'objectif du dirigeant n'est pas acquise.
Je ne suis pas certain qu'il y ait ici un "cap" à franchir, une "aventure" à laquelle le manager devrait se préparer. Il ne s'agit que d'une évolution.
A mon humble avis, le "réseau social de l'entreprise" existe déjà. On met du "social" à tout bout de champ, mais à bien y réfléchir, l'entreprise a d'abord "réseauté" avec ses clients. Puis, le réseau s'est agrandit à ses fournisseurs, puis à sa supply chain globale. Ensuite se sont ajouté les consommateurs, et derrière eux les pouvoirs publics.
Aujourd'hui, l'entreprise s'adresse à ses "stakeholders", ses parties prenantes, autrement dit...la société, au sens large.
C'est bien là qu'à eut lieu la véritable rupture : lorsque l'entreprise s'est adressé non plus à aux parties prenantes engagées dans son écosystème, mais à celles qui, un jour, de manière plus ou moins indirecte, pourraient en faire partie. C'est-à-dire à peu près tout le monde. La société, en somme.
Cette ouverture, pour faire bonne figure, se doit aujourd'hui de suivre une stratégie précise, passant principalement par le web, que l'on tente désespérément de faire rentrer dans un "réseau". Et nous voilà avec un "réseau social d'entreprise".
Pour reprendre Luc, la quête du sens et de la compréhension est primordiale, mais pas plus qu'à l'époque où l'entreprise ne s'adressait qu'à ses clients directs via ses "réclames". C'est simplement que la quête de ce sens est aujourd'hui plus complexe car l'entreprise souhaite s'adresser à un public qui ne la connaît fondamentalement pas - la société au sens large.
Beau défi, mais néanmoins rien de plus que la suite logique de toutes les grandes quêtes d'image de marque mises en oeuvre depuis le début des années 60.
Oui Olivier, certains réseaux et le networking existaient déjà. L'ouverture nouvelle à des écosystèmes potentiellement plus larges nécessite des leviers que les nouvelles technologies rendent accessibles. Ceci provoque une accélération du phénomène et un différentiel accentué entre les nouvelles et plus anciennes générations.
La quête de sens est critique aujourd'hui du fait de l'intensification des efficacités process et des interrogations mondiales sur les équilibres financiers en entreprise et au-delà.
Certes, mais à ce titre, la quête de sens doit donc précéder la mise en oeuvre - ou non - d'un RSE. Ce qui revient à définir le degré de pertinence d'un RSE pour une entreprise X ou Y.
Je suis toujours surpris que nombre d'entreprises se posent la question "Comment mettre en place un RSE ?" avant même de se demander "Ai-je un intérêt à mettre en place un RSE ?" !
Prenez l'exemple de l'industrie pharmaceutique - une des rares à se tenir délibérément à l'écart de ce type de pratique, tout simplement parce qu'elles ne lui conviennent pas. Un laboratoire pharmaceutique a tout à perdre, rien à gagner, à engager un dialogue social avec des parties qui ne sont pas directement prenantes à son écosystème - pour simplifier, naturellement.
Malheureusement, un si net parti pris reste marginal. Le RSE s'impose trop souvent comme un 'must have' dans le plan MarCom, sans vraie réflexion préalable sur son bien-fondé.
Pour ma part, je rejoins Luc et Eva qui évoquent le sens d'un tel projet...
mais avant même d'évoquer un tel projet et sa réussite, il faut revenir à la vision du dirigeant et à sa forme de leadership. En effet, la culture d'une entreprise est le fruit d'une histoire collective impulsée par la vision, le cas échéant, et la forme de management de chacun des dirigeants passés et du dirigeant en place...
Selon moi, certaines cultures offrent un terreau favorable au développement d'un management transformationnel (quand un leader, qui fait "autorité", propose une vision et un challenge qui permettent de révéler le potentiel des équipes...), par opposition à un management transactionnel (le style de management d'un dirigeant qui appuie son pouvoir sur la domination, qui manie la carotte et le bâton, un style de management qui favorise le développement de comportements individuels...).
Avec notre esprit trop cartésien ( fruit de notre éducation et de notre culture, de nos croyances), nous avons trop de managers transactionnels et insuffisamment de managers transformationnels, et les RSE ne peuvent se développer que dans le terreau de'une culture d'entreprise humaine et responsabilisante, sous l'impulision d'un leader transformationnel :-(
C'est ce qui rend, en France, beaucoup plus difficile qu'ailleurs l'émergence de leaders transformationnels susceptibles de comprendre l'apport des outils de RSE.
Si dans votre organisation, votre dirigeant est un leader transactionnel, je crains que le seul moyen est de changer le dirigeant avant d'espérer réussir le déploiement de RSEs


D'accord avec le fait qu'il s'agit d'une démarche qui va profondément impacter les modes de management et l'entreprise, mais ne risque-t-on pas de faire peur avec de tels discours ? Car il ne s'agit pas de détruire un existant pour en bâtir un nouveau, mais plus d'ajouter une nouvelle dimension, une couche supplémentaire. Et concrètement, les RSE, c'est avant tout une nouvelle forme de communication et de collaboration à développer au sein de l'entreprise. Les effets (promesse) de l'E2 viendront dans un 2nd temps.